Le Bono, paisible petit village au riche passé maritime, est situé au confluent des rias d'Auray et du Bono, à 4 km au sud de la ville d'Auray. La commune, peuplée de quelques 2300 bonovistes, s'étend sur une superficie de 596 ha.
Le Bono qui n'est érigé en commune que depuis le 1er octobre 1947, date à laquelle ce petit port s'et séparé de Plougoumelen, n'a pas toujours eu cet aspect riant et cossu. Au début du XXème siècle, il n'y avait autour du port qu'un petit village de pêcheurs dont les maisons uniformes : les "pen-ti" étaient groupées le long d'un capricieux réseau de ruelles étroites et souvent pentues.
Dans ces chaumières de deux pièces dotées au pignon d'une loge à cochon : "er louj" on vivait chicement. Dès la fin de l'hivert, les hommes sortaient en baie de Quiberon sur leurs chaloupes non pontées à deux mâts, armées au chalut à perche. Ces bateaux étaient appelés "forbans" : le surnom des habitants de ces "pen-ti" vivant de façon marginale aux yeux de leurs voisins.
Au retour de pêche, les femmes, poussant leur brouette, s'en allaient vendre ou parfois troquer leur poisson dans les villages environnants. Afin de subvenir aux besoins de la famille, elles cultivaient quelques rangs de pommes de terre, des légumes et èlevaient quelques volailles dans de petits jardins qui sont peut-être à l'origine du nom "Bono".
Durant l'été, les Forbans prenaient leurs quartiers au Croisic, au Pouliguen, à Belle-île ou à l'île d'Yeu. En hiver la majorité d'entre eux restait échouée bord à bord à l'abri du port.
Dès la fin du XIXème siècle, les travaux de Coste et De Bon sur le reproduction et le captage des huîtres ont permis au Bono de participer à la naissance de l'ostréiculture, devenant même l'un des "berceaux de l'huître plate".
Chaque famille possédait quelques milliers de tuiles destinées au captage du naissain. Au mois de juin, la rivière serpentait entre deux véritables murailles de tuiles fraîchement chaulées attendant leur mise à l'eau. Ces petits chantiers ostréicoles occupaient essentiellement les femmes, les enfants en âge de prêter la main et les retraités.
Avant Pâques, marquant le début de la saison de pêche, la "drague" des huîtres sur les bancs naturels des rivières d'Auray et du Bono apportait l'argent frais sur lequel on comptait pour payer le boulanger. C'était le "pain d'hiver".
Malheureusement, les épizooties de Martelia refringens déclarée en 1974, puis de Bonamia en 1980 ont décimé la quasi-totalité des gisements d'huîtres plates de la région, amorçant le déclin de l'ostréiculture locale que l'introduction de la gigas n'a pu enrayer.
Aujourd'hui, subsistent encore de nombreuses traces de cette intense activité : terre-pleins et cabanes se dégradant sous les herbes folles, bassins disparaissant sous la vase, et au fond des mémoires des gestes centenaires.
Au début des années trente, après des essais peu concluants de motorisation de leurs bateaux et la difficile traversée de la crise économique, les pêcheurs bonovistes se sont tournés vers les chalutiers de la Rochelle, de Lorient puis de Concarneau ou vers la marine de commerce où beaucoup d'entre eux ont excellé.
- D'après témoignages et archives -